06.07.2007
Je suis votre maman et je vous aime
Quand toi mon grand tu fais ouaiiiiiiiiiis, pfff, c’est bon, avant même que j’aie achevé ma recommandation du jour.
Quand toi mon petit tu reviens la bouche en cœur me dire que t’as eu C en dictée alors qu’on a super bossé le vocabulaire la veille, quand je lis sur ton cahier du jour que t’as encore mis ENT à l’adjectif et conjugué le nom.
Quand toi mon grand tu barbouilles tes cours de blanc, t’en as sur les mains, le nez, quand t'enfonces tes livres de classe sur la calculatrice, écrasant en même temps le cahier de brouillon, et que tu fais mais bien sûr que ça va rentrer, laisse-moi tranquille, raaaah là là…
Quand toi mon petit tu te tortilles dans tous les sens en ouvrant une bouche édentée dès que les gens te posent une question.
Comme vous me désarmez, mes fils, comme vous me désarmez…
Quand toi mon grand tu me fiches le programme d’entraînement cérébral du professeur Kawashima sur DS Lite entre les pognes, faisait fi du fait que je n’aie pas de cerveau, et que tu me dis mais si, maman, tu peux y arriver, t’as juste pas eu la chance d’avoir les bons profs de math, c’est tout.
Quand toi mon petit tu laves ma voiture au saut et à l’éponge, qu’elle ruisselle de traînées boueuses, mais que t’es fier comme tout de dire que c’est toi qui l’as fait.
Quand toi mon grand tu affirmes que t’es super intelligent comme ta mère, que moi je te réponds mais naaaaaaaaan tu peux pas tenir ça de moi, je suis bête comme mes pieds, et tu protestes, ça t’énerve, moi je ris, je t’embrasse, on se marre, et pis on s’en fout de l’intelligence, d'abord.
Quand toi mon petit tu te glisses sous la couette, le soir, que je m’assois à côté de toi pour bavarder un peu, alors tu me confies tes peines, tes craintes, tu me demandes si l'école ça va encore durer longtemps parce que pfff, ça commence à te gonfler sérieux, et que d'un coup tu dis les mamans, ça sert à plein de choses, mais surtout ça sert à rassurer.
dessin d'enfant trouvé ici
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26.06.2007
Le jeu du tag de la vérité qui tchue
Cricri est venue me taguer avec deux bombes et une étrange règle du jeu : la personne taguée doit révéler sept choses la concernant, écrire le règlement, taguer sept personnes et les énumérer dans son article. Pour finir, il faut laisser un message sur le blog de la personne taguée et l’inviter à visiter son blog. (ouais, ça a l'air compliqué, mais naaaaaaaaan, c'est super fastoche en fait)
J’me suis dit comme ça, Houuuuuuuuu mais attends voir un peu, Cricri a-t-elle seulement précisé à qui elle s’adressait ?
A l’auteure, à la peinturlureuse, à la buveuse de bière ou à la dompteuse de musaraignes ?
Hé hé hé...1) J’avais les cheveux longs. Dès qu’une épidémie de poux sévissait à l’école, je faisais des crises d’angoisse, mais il était hors de question qu’on me coupe les cheveux. La seule à pouvoir me calmer, c’était ma grand-mère. Patiente, elle démêlait ma tignasse au peigne fin, me rassurait, disait tu vois, j’en trouve pas un seul, je vais encore le passer une fois, mais si j’en trouve pas, c’est que t’en as pas. Je n’ai jamais eu de poux. (L’auteure)
2) La bière me donne une dalle pas possible. (La buveuse)
3) Une fois, j’ai dompté un rat. Par malchance, il est tombé très amoureux de moi. Avec force patience, je lui ai fait comprendre que nous deux, ça ne pourrait pas marcher. Au comble du désespoir, il s’est dératisé. (La dompteuse)
4) Je peins sur des cartons entoilés, c’est moins agréable, mais moins cher que les châssis, et heureusement, car il y a des peintures de moi qui me fichent en rogne, des irrécupérables, des vilaines comme tout. L’une d’elle représentait une cabane dans un arbre, elle était affreuse, je l’ai cassée en deux morceaux et m’en suis aussitôt débarrassée. Même que j’étais contente. (La peinturlureuse)
5) Pour dompter une musaraigne récalcitrante, rien de tel que de lui faire boire un jus de tomates vertes rehaussé d’une queue de radis. (La dompteuse)
6) J’aime la lente montée de l’ivresse mais physiquement, je ne supporte pas l’alcool. C’est comme ça que j’ai appris à aimer la bière. (La buveuse)
7) J’écris pour me faire croire que je voyage. En gros, je m’ai drôlement fait eu, hu hu hu. (L’auteure)
Pif, pouf, plaf, 7 internautes (à peu près) devront révéler au monde entier des trucs pires que tout, que même c’est la honte pour eux de le dire, mais tant pis, c’est le jeu du tag de la vérité qui tchue, j'ai nommé Pascal et Viggo Mortensen, soit quasiment toute la table du 7 en questions indiscrètes pour Viggo, ça lui apprendra à faire l’andouille au festival des Imaginales, nan mais oh.
Moi, tricher ? Ah bon, comment, quoi, qu'est-ce? ^^00:15 Publié dans Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
24.06.2007
et paf!
J’ai écrit une longue note qu’aussitôt j’ai écartée.
Je n’aime pas les fêtes dont je suis le centre. Ni les cadeaux à déballer devant les gens, ni leur empressement pour que je les ouvre, c’est bizarre mais ça me fait peur, je voudrais courir me cacher quelque part, sous l’escalier, dans un grenier, un arbre.
Aujourd’hui, presque pas de mots. Des photos.
Plutôt des peintures. Celles d’Edward Hopper, peintre réaliste américain. (1882-1967) Décédé l'année de ma naissance.
Je pourrais rester sur un banc, à m’en imprégner, sans ressentir la fatigue, me nourrir d’émotion, forte envie de souffler à l’oreille de ces personnages que parfois, j’éprouve ce qu’ils éprouvent, que je les aime quand même, sans les connaître.
En résumé, aujourd’hui j’ai 40 ans, j’aime mieux la vie, même si.
00:05 Publié dans Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
13.04.2007
Vroum avec un V
Certains d’entre vous se souviendront aisément des prouesses grammaticales de mon second fils, au premier trimestre de CE1 :
Dans la phrase suivante :
Paul va chez le dentiste.
Souligne le verbe. Quel est l’infinitif de ce verbe ?
Réponses de mon fils :
Verbe : dentiste
Infinitif du verbe : dentier
Bref.
Les choses sont plus ou moins allées de mal en pis, mon fils ayant un faible pour les chiffres (faible qu’il ne tient sûrement pas de moi) et pour les voitures, principalement les Q7 et les Audi Allroad, tant qu’il y est, encore que ça fait une belle jambe à sa maîtresse.
Dans la cour de récré, il est quasiment incollable sur ces véhicules haut de gamme au sujet desquels il sait au moins tout ce que je devrais moi-même savoir sur un véhicule standard.
Précisons quand même que son père lui a ouvert la voie. Il collectionne les bouquins traitant de voitures, certains datant de 1969, et lorsqu’il était enfant, il prenait une assiette et une cuiller en bois pour vivre une conduite endiablée à même le lit.
Juste avant les vacances de Pâques qui s’achèveront lundi, le bulletin de mon second fils est tombé.
Très bon en maths, mais une baisse sérieuse en français.
Le phénomène Mon second fils serait de plus en plus rêveur, il écrirait sans réfléchir, allant comme je te pousse, le sujet et le verbe au petit bonheur la chance, des fois que ça tomberait juste.
Chaque matin depuis le début des vacances, je joue la maîtresse. Nous disposons d’un cahier de brouillon acheté tout exprès pour marquer le coup.
Voyant que mon fils m’annonçait des sujets et des verbes qui n’en étaient toujours pas - ou alors aurait-il fallu les arranger pour l’occasion, un peu comme ces lettres, un A, un B, un C, qu’on transformerait habilement en animaux, vous voyez ? – j’ai trouvé un système d’explication.
Titi, on dit qu'un verbe à l’infinitif devient caméléon devant n’importe quel sujet.
Arrive au hasard un sujet. Il se dandine devant un verbe à l’infinitif en faisant le malin. Moi j’ai la forme d’un Q7 et même pas toi, nananèèèèèèère.Le verbe chope les boules et lui répond : Bon d’accord, tu vas voir ce que je sais faire. Et hop, le verbe devient Q7.
C’est toujours un verbe, mais il s’est adapté au sujet. Du coup ils deviennent copains, ils s’accordent.
Arrive un nouveau sujet qui lui aussi se dandine devant le même verbe à l’infinitif. Décidément, il fait également le malin. Moi j’ai la forme d’une Audi Allroad, nananèèèèèèèère.Le verbe ne se démonte pas davantage. Et hop, le voilà qui devient Audi Allroad, c’est toujours le même verbe, mais il s’est adapté au sujet. A présent, ils sont copains, ils s’accordent.
Et c’est comme ça pour tous les sujets, même si le sujet est un vélo, une planche à roulettes, un jet ski, un patin à glace, une machine à laver.
J’ai l’impression que maintenant, ça va nettement mieux.
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05.03.2007
Mes couleurs

Je suis quelqu’un de discret.
Si la personne en face de moi est sérieuse, guindée, tendance dominatrice marquée, alors je me bloque, je coince, je verrouille. Je suis réceptive aux ambiances. Certaines d’entre elles me feraient prendre mes jambes à mon cou. Terrible, mais c’est déjà arrivé.Je vous l’ai dit, j’ai failli fermer ce blog à plusieurs reprises.
Pourtant… en cette fin février début Mars, le blablabla de la ravisseuse de peaux, spécialiste des verres brisés, des tasses de café renversées, des équations erronées, des dates d’anniversaire oubliées, des HTLM rien pigé, des poubelles de bureau shootées au pied, non par colère, mais par excès de précipitation, et des fous rires post bière blonde mousseuse… a fêté ses six mois. Vouiiiiiiiiiiiich !
Comme si Aède s’en était douté, c’est avec sa gentillesse naturelle qu’il a crée pour moi cette bannière, à la fois simple et ultra colorée, qui correspond parfaitement à l’illuminée que je suis, à l’intérieur.
Il ne faut jamais… jamais se fier aux apparences.
Les discrets ont l’air tout gris, comme ça, parce qu’ils sourient à tout bout de champ, parce qu’ils baissent facilement les yeux et qu’ils laissent aux affirmés le soin de monopoliser l’attention, mais ils ont des couleurs à l’intérieur, et ça leur jaillit des oreilles, du nez, de la bouche.
Même qu’elles sont lumineuses et bondissantes, ces couleurs, un peu comme des boulettes filantes envoyées dans tout l’univers par quelques artistes extraterrestres en mal de rencontres universelles. (Oups, je m’égare dans l’enthousiasme, là, nan ?)
Il y a encore quelques mois de cela, jamais je n’aurais osé afficher mes couleurs sur les forums d’écriture que je fréquente. Et puis je me suis détendue, on m’a apprivoisée, je réalise que j'y suis appréciée et que ma foi, ben ça fait chaud au cœur, d’avoir un chez soi chez les autres.
Alors j’ai étrenné ma jolie bannière en signature.
J’ai tout de même un peu de mal à m’y habituer parce que, bon, je suis caméléon, et qu’un caméléon, ça se fond, ça longe les murs, mais patience. Il n’y a pas de raison pour que mes belles couleurs intérieures restent enfermées plus longtemps, non ?
Merci Aède!
edit: et hop, un petit lien vers Outremonde où ma bannière vient d'être ajoutée à d'autres liens à découvrir... Toute rouge je suis... hi hi.
01:05 Publié dans Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
28.02.2007
Z'auriez pas vu d'pré vert?
C’est quand je suis arrivée au CM2 que j’ai pris l’école en grippe.
En même temps que nous passions d’une maîtresse à un maître, tout est devenu… si contraignant.
Il y a eu.Les ardoises à lever. La règle en fer. Le chronomètre devant le dictionnaire, plus vite, plus vite, viiiiiiiiiiite on se dépêche.
Il y a eu.
L’horreur des robinets qui fuient, des litres de flotte virtuelle à quantifier, ne pas en perdre une goutte, tout mettre dans cette fameuse baignoire à la con même si plus tard, toi tu le sais déjà que tu feras pas plombier, écrire la bonne formule, elle est où ta formule, j’ai dit que je voulais une formule, pas deux formules, pas trois formules, j’ai pourtant dit UNE seule formule. La bonne formule. Y’a pas trente six formules. C’est la bonne que j’ai dit que je voulais et c’est ce que tu vas écrire sur ton cahier de brouillon un point c’est tout.
Il y a eu.
Les bocaux, les pots sur l’étagère. Tout rances, tout poussiéreux. Je t’enlève vingt pots de confiture de tel poids, je t’en remets quinze de tel poids, mais cette fois avec des cornichons. Alors, que reste-il sur l’étagère ? Combien ça pèse, tout ce bazar ? Hop, je veux la bonne formule.
La sauce a viré.
Elle a pris un sale goût de n’y reviens pas, c’est pas la peine, y fait rien qu’à gueuler.
Sortez vos cahiers. Combien y a-t-il de, sachant que, attendu que, étant donné que. Point à la ligne. J’ai bien dit, je répète, vous n’aviez qu’à écouter. Le premier qui parle me copiera cent fois l’énoncé.
Les apprendre par cœur, par le centre du cœur, se les foutre au cœur, vachement profond, les tables de multiplication. Tables de multisupplications. Lamentations. Tables sur lesquelles les enfants se lamentent en priant intérieurement pour que ça finisse. Faites que ça finisse. Alorrrrrrrrrrs, combien font 9 x 7 ? Bruit de bouche qui sait pas. Tu ne sais pas ? Ben non, je sais pas. D’accord, tu le copieras pour demain. Cent fois. Ouais, mais je parie qu’après je le saurai pas mieux, combien font 9 x 7.
Il y a eu les cris. Le Bic rouge, le Bic vert. Les points en plus, les points en moins. Les ça suffit, les vous allez voir, silence, plus un mot, taisez-vous, les bon allez toi hoooooop tu files au tableau.
Avant le CM2, je n’avais pas de souci particulier avec les chiffres. Même que je jouais avec eux.
Comme avec les marionnettes du spectacle de fin d’année. Comme avec les plus belles perles sur le fil transparent du collier aux mamans. Comme avec les couleurs pour la cire des bougies, des gommettes, des feutres, des godets.
Comme avec les notes. Quand nous écoutions un morceau de musique classique et qu’il s’agissait d’inventer une histoire.
Ouais.
Même que c’était drôlement sympa.
Le Cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur
Jacques Prévert
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10.02.2007
Les enfants de la télé
Vu que j’étais asthmatique, je quittais fort peu l’intérieur ultra protégé de la maison familiale, sauf pour aller à l’école, laquelle était, hélas, déjà obligatoire à cette époque.
Quand le temps n’était ni trop humide, ni trop froid, assez comme si, pas trop comme ça, je sortais faire de la balançoire jusque très haut dans le ciel et je sautais aussi loin que possible sur un très vieux matelas, qu'il m'arrivait de rater.
Si je suis fragile des bronches, en revanche je suis hyper costaud des os.
Ou bien j’attachais un panier à l’arrière de mon vélo avec des tendeurs, et j'y promenais le cochon d'Inde qui semblait ravi. Plus nous faisions de tours de maison, plus j’avais l’impression d’atteindre le bout du monde.
Avec mon frère, nous organisions des expéditions polaires, munis d’un talkie walkie qui dysfonctionnait total ; l’un des appareils émettait mais ne recevait pas, l’autre ne pouvait que recevoir.
Du coup, celui de nous deux qui ne faisait que recevoir hurlait sa réponse à l'autre de très loin, et pour ne pas devenir aphones, nous échangions les appareils.
Je me souviens d'un gros rouleau de grillage qui était devenu un cheval et que j'enfourchais joyeusement, d'autant que sa souplesse élastiquée faisait la blague.
Si le temps et (ou) les maladies se liguaient contre nous, que nous en avions marre d’écouter nos trente trois tours, de lire, de jouer aux playmobils, de nous étriper ou de dessiner, nous regardions la téloche.
Dis-moi ce que tu regardais, je te dirai qui tu es.
Voici donc un pot pourri de mon gavage télévisé.
Je tiens quand même à remercier la téloche qui aura été pour moi un merveilleux professeur de dessin.
Thierry La Fronde, Belle et Sébastien
L'Ile aux enfants, Un rue Sésame
Au pays de Candy et La petite maison dans la prairie (on ne ricane pas, siouplaît)
Albator, mais aussi Goldorack
Capitaine Flam
Les visiteurs du mercredi
Le Muppet Show
Les Shadoks
Benny Hill
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31.01.2007
mon père
Avant que je la poste sur ce blog, seuls Rachel et mes proches avaient vu cette photo.
Il y a quelques semaines, ma mère a déboulé chez moi.
« Oui mais tu les fais pas, y’en aurait beaucoup, des femmes qui aimeraient être aussi fines que toi, heiiiiiin, t’as pas à t’plaindre, quand mêmeuuuuuuu ! »
Voilà, c’est lui, c’est mon père.
Il a le même âge que j’avais quand il est mort. Sur cette photo, il a 16 ans. S’il avait le même âge que j’avais quand il est mort, cette année mon mari aura l’âge que mon père avait quand il est mort. (Heeeem, vous me suivez?)
Son costume d’époque. La coiffure impeccable. Un ou deux cheveux lui auront échappé.
J’imagine le peigne qui ne doit pas être loin. Dans sa poche ? Le sac de sa mère ? Posé sur un guéridon ? Tombé au sol ?
Mon père avait les yeux vairons, comme David Bowie, un vert et un marron. De beaux yeux vairons dont il avait honte alors qu’au contraire, il aurait du louer cette fantaisie de la génétique qui lui donnait un regard unique.
Je me reconnais dans la forme du visage. La bouche. La couleur des cheveux. Je fonce de plus en plus, comme lui.
Un peu le nez et forcément aussi les oreilles décollées. Quand j’étais petite, ma mère me faisait deux grandes couettes pour masquer mes oreilles qui, comme pour mon père, ont cessé de papillonner après la puberté. Sauf que lui, il n’a jamais eu de couettes pour les planquer.
Nous avons si peu de photos de lui.
Il y a celles de son mariage avec ma mère, celles du voyage de Noces en Italie, cette autre où il pose avec deux copains pendant la guerre d’Algérie, là où il a chopé sa dysenterie amibienne et compris que les armes, c’est rien qu’une fichue saloperie, que si des types inconnus t'envoient au casse-pipe, ben tu dois y aller, même si t'as peur, même si les soi-disants ennemis en face, eh ben y t'ont rien fait à toi.
Mon père était beau, mais il n’en a jamais rien cru. Mon père était intelligent, mais il n’en a jamais rien su.
C’est à cause de lui que j’écris.
J’ai commencé quand il m’a quittée. A mon bureau, penchée au-dessus d’un carnet. Et puis d’un autre. Des dizaines d’autres. De jour comme de nuit.
Sur les murs de ma chambre proliféraient de sombres dessins tracés au fusain.
Parfois, je songe que l’écriture m’a sauvée.
00:10 Publié dans Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
02.11.2006
Du rouge, du vert, du noir
Chez nous, c’est bien simple, il ne se passe quasiment rien.
Depuis la mort de mon père, soit depuis 1983, à Noël nous sommes trois.
Trois êtres frileux qui avons vécu la même douleur et donc, qui avons appris à nous aimer tels que nous sommes.
Lamartine a raison. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.
Alors entre vivants, tenons-nous chaud.
Mon mari, dont la famille s’est éparpillée, est venu s’ajouter à l’inébranlable trio.
Il s’est vite intégré, lui aussi a perdu un être aimé.
Un premier enfant a pointé son nez. Puis un second.
Et Noël a repris du rouge, du vert.
A la veillée, j’allume des bougies. Mon-beau-sapin clignote, et nos pantoufles aussi.
Ma mère arrive. Pas maquillée, cool.
Mon frère aussi. Pas maquillé, cool. Des années que j'attends une belle-soeur. L'élue, il ne la cherche plus. Un jour, peut-être. Qui sait.
Ma tenue de Réveillon n’a pas son pareil au monde. C’est en jean et en chaussettes que je reçois. Pas maquillée. Cool.
Mon mari ouvre le champ’, ça fait pif ou bien pof.
Je sers aux enfants ce qu’ils ont émis le souhait de manger. Généralement, c’est frites pour l’un, pizza pour l’autre.
On s’installe.
Les gosses en face de la téloche, assis devant la table basse. Il y a bien toujours quelque dessin animé made in Noël.
Nous les adultes, sur la grande table, qui mangeons les fruits de mer avé les doigts. Pas de chichi.
Mon mari et mon frère commencent à raconter des conneries. On se marre.
On évite de parler de trucs tristes, on sait ce qu’on risque quand c’est la veillée, qu’il fait nuit et qu’on a le verre facile, alors on passe.
Les toasts ne sautent pas à tous les coups, encore faut-il alimenter l’engin en pain de mie. Le petiot a fini sa pizza, il vient goutter les mollusques, se renseigner sur leur provenance, s'ils seront encore vivants une fois mangés.
Pas d’excès. Une bûche glacée.
Ma mère remercie, elle embrasse ses petits fils et regagne sa maison. Mon frère reste plus longtemps. On boit encore un coup.
Tout le monde dort, je passe par le conduit du poêle. Je vous épargne les jurons qui vont avec. Puis je dépose les cadeaux sous le sapin, avec soin, il faut qu’on les voit bien. Comme j’ai beaucoup de mérite, je prends une photo du sapin et des cadeaux avant la grande explosion du matin.
Là, je me couche, car je suis fatiguée.
Le matin arrive.
Un gosse réveille l’autre et ils foncent au sapin. Nous c’est la même chose, mais au ralenti.
Oué, chouette, c’est exactement kesseke je voulais !
Nous nous habillons très classe. En jean. Pas maquillés. Cool.
A midi, nous débarquons chez ma mère qui a déjà dressé la table et qui se demande si elle ne devrait pas mettre la casserole à feu plus doux des fois que ça crame hein Nathalie, viens regarder, kesseke t’en penses?
Ma mère parle beaucoup.
Ma grand-mère était déjà bavarde.
Dans ma famille, les femmes aiment parler, parler, parler. Broder une heure sur un fait anodin.
Le dimanche, chez nous, le brouhaha des femmes en cuisine allait bon train.
Ma mère, mes deux grands-mères, elles nous mettaient les varices et la grippe espagnole sur le même plan d’égalité.
Mais ça fait rien, ça fait rien.
J’écoute la logorrhée maternelle presque chaque jour depuis des années. Des deux oreilles ou bien d’une seule. Comme une berceuse d’enfance.
Sauf qu’à Noël, j’essaie d’en écouter le plus possible.
C’est là que je réalise vraiment combien je l’aime, ma mère.
Un jour elle partira.
Ce Noël encore, elle est bien portante, elle a revêtu un haut et un pantalon plus jolis.
Pour la seconde fois, les gosses foncent au sapin, ça déballe sec, les papiers volent dans les airs.
Deux minutes après, on entend vrouuuuuuuuuuum ou tuuuuuuuut ou pouète ou driiiiiiiiing.
Et là on crie pour se faire entendre.
Nous les adultes, on s’en fiche des cadeaux.
Y’en a, y’en a pas.
Chacun fait ce qu’il veut.
Chez nous, on est déjà le minimum vital. On tente de ne perdre personne en route. La présence de chacun est déjà un cadeau pour les autres.
Au fromage et vu qu’il fait jour, il arrive qu’on évoque un truc qui fait mal. Mais si on peut, on évite. A cause de ma mère qui parle trop et qui en ferait… tout un fromage.
On sait qu’à Noël, la nouvelle année arrive.
Un an de plus qu’on se prendra dans la gueule.
On sait que la vie est précieuse.
Qu’on n’en aura pas deux.
C’est devant qu’on a envie de regarder.
Et si les mauvais souvenirs nous rattrapent, nous on leur fait la peau. Ben ouais quoi, c’est Noël, merde !
Chez nous, c’est vrai, il ne se passe quasiment rien.
Mais moi j’y tiens, à ce quasiment rien.
Et pour vous, ça se passe comment ?
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30.10.2006
Un fantôme d'infirmière
J’aime flasher sur un blog.
J’aime ça.
Soudain l’on entre dans les mots d’un autre. Cet autre est quelque part. On ne sait pas où, à la limite on s’en fout.
Et puis voilà, les mots sont simples, les paroles vraies.
Je me sais déjà une complicité sincère avec Chris, médecin et pompier volontaire. C’est avec un plaisir ému que je vous fais découvrir le blog d’un (petit) urgentiste roux.
J’ai beau me cacher, me replier dans ma coquille, privilégier les recoins d’ombre, les zones désertes.
Dans mon « atelier » de fortune où je peins.
Derrière mon ordinateur où j’écris.
J’ai beau m’en défendre, dire que ça ne me touche plus tellement, la dégénérescence des uns, la dépression des autres, la maladie des uns, la chimiothérapie des autres.
Il n’y a rien de plus faux.
Tout ce qui touche à l’humain me touche directement.
Et ça me touchera toujours.
Mortellement.
Je prends ça en plein cœur, comme si j’étais reliée à vos mots par un fil conducteur. Parfois, je me prends des décharges.
Du 2000 volts.
Pas moins.
Et je vous aime. Je vous aime pour ça.
Parce que vous réanimez ma satanée peau.
Inlassablement, vous me rappelez que je suis vivante. Bien portante.
Que je ne suis pas aussi misanthrope que je le pensais.
Ce sont les déceptions, les claques dans la gueule et les comportements de rejet qui me l’ont tant fait croire.
En réalité, je suis tendre, molle comme un morceau de Belle des Champs qu’on aurait mis sur une assiette, dehors, en plein soleil.
L’autre jour, j’ai relu l’un de mes vieux journaux intimes.
Pour situer ce cahier: après la mort de mon père.
Quelques jours après.
C’était l’été.
Il faisait beau pour tout le monde, sauf pour nous, petite famille dans laquelle la Mort venait de tirer sa première, mais très efficace, cartouche.
J’ai ouvert de grands yeux.
A la dernière page de ce cahier, très chers lecteurs, j’avais seize ans à peine, une résolution est écrite noir sur blanc.
Pas une résolution en l’air, non.
Elle l’a été d’une plume décidée, ça se voit, ça se sent.
A la dernière page de ce cahier, de MA blanche, jeune et triste main, il est écrit :
« J’ai décidé de m’occuper des autres. Je me fous de gagner de l’argent. Je me fous des honneurs. Plus tard, je serai infirmière. »
Je n’ai pas honoré ma promesse intérieure.
Je me demande pourquoi. Je me demande ce qui s’est passé.
J’ai tout occulté de cette décision-là, de ses suites, le pourquoi je n’ai pas.
Est-ce que je n’ai pas pu ?
Pas voulu ?
Je me souviens juste de cette marée noire dans laquelle je me suis engluée jusqu’au cou.
De longues années durant.
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