11.11.2006
De quel écrivain s'agit-il?
Quand c’était l’heure de l’histoire, tout le monde se taisait.
Mon père prenait le divan et nous autres petiots, les fauteuils.
Dans la cuisine, ma mère avait toujours quelque chose à laver.
En bonne perfectionniste, elle lavait, rinçait, re-lavait, re-rinçait.
Elle s’abîmait les mains sous l’eau brûlante.
En silence.
A peine si l’on suspectait le crachat du robinet.
Elle aurait pu faire les pubs de Mir Vaisselle et d’Ajax crème, ma mère, si elle avait voulu.
Tout le monde se taisait, donc.
Soudain il apparaissait dans la boite.
La boite… la télé, quoi.
C’était toujours une joie de le revoir.
Logiquement, nous aurions du nous lasser de son visage et de son tronc.
Toujours lui. Toujours pareil. Bien peigné, cravaté.
Pas de palmiers ni de marionnettes rigolotes dans son dos.
Il était assis, il bougeait les mains, les yeux, les lèvres.
Et c’était tout.
C’était tout, mais il y avait l’histoire.
Sa voix.
L’histoire ET puis sa voix.
Très vite, il plantait le décor.
Il présentait les personnages.
Tranquillement, il déroulait les faits.
Il optimisait la tension.
Il prenait son temps. Jamais nous ne perdions une miette de son récit.
Il nous bluffait.
Chaque soir, mon père disait : « cette fois, IL ne m’aura pas » et chaque soir, IL le mettait dans sa poche.
En même temps, il nous y casait aussi, nous les petiots.
Qu’est-ce qu’elles étaient grandes, ses poches !
Il était le maître.
C’est que personne en chair et en os ne nous racontait jamais d’histoires, à nous, les gosses.
Vous pensez bien que nous attendions sa réapparition avec une vive impatience !
Ah bon !
Il existe des conteurs d’histoires ?
Ah bon !
Nous on croyait qu’il fallait les rêver soi-même, les histoires.
Dingue !
Je me sauve sur la pointe des pieds (j'ai une nouvelle toile en route) et vous laisse deviner de qui je veux parler.
Indice non négligeable:
Après avoir fait rêver les gosses et les pères, il s’est rattrapé en faisant rêver les mères.
De quel écrivain s'agit-il?
16:15 Publié dans Questions sur l'écrivain | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
09.10.2006
L'écrivain est-il bienheureux?
En écrivant sa dernière note, sans le savoir Chris a fait surgir la mienne. (Au passage, remarquez la souplesse de mes pirouettes éléphantesques quand j'ai cette impression nauséeuse d'en avoir bien trop dit.)
Un fil se noue de blog à blog, on dirait des coquilles de noix reliées par une corde, chahutées par la mer, ça me rappelle ce que racontait ma grand-mère, comment les gens se réunissaient devant les maisons, le soir, pour bavarder de tout, de rien.
J'en reviens à Chris, lequel nous rapporte de manière amusante sa prise en flagrant déli de téléphoningue au volant de son véhicule. (vilain garçon, va!)
Allez, je vous avoue tout; j'ai été arrêtée une fois pour passage de feu à l'orange.
C'était une petite voiture de police blanche et décorée, remplie à ras bord de trois hommes et d'une femme. Personne ne rigolait, là-dedans, car en snobant le feu orange, je venais d'enfreindre la loi. (vilaine fille, va!)
Le chef des hommes a dit Vous êtes passée à l'orange. La femme a précisé Presque rouge. Un pas chef des hommes a validé cette affirmation en faisant Exact.
Comble de malchance: je n'avais pas fait mon contrôle technique à temps... l'échéance était dépassée.
Hop, vos papiers. Mon coeur cogne, c'est viscéral, je redoute les représentants de l'autorité, vieux traumatisme infantile.
Comme je cherche la paperasse, je leur fais le sourire le plus angélique qui soit, car je viens, grâce à eux, de retrouver un papier que je cherchais depuis des mois! Gloussement de poule pondeuse, émission d'onomathopées champêtres, frivoles, lutines.
Croyez-moi si vous voulez, mais je n'ai rien eu, pas le plus petit point de sauté, tout juste ai-je du passer ma voiture au contrôle et présenter l'attestation au Commissariat dans les 48 heures... !
Bon... quand même quelques réprimandes usuelles sans gravité... auxquelles j'ai répondu... par une déferlante de sourires.
22:20 Publié dans Questions sur l'écrivain | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
27.09.2006
L'écrivain connaît-il France Loisirs?
Je vous entends glousser d'ici. France Loisirs, l'écrivain... mais enfin quel rapport, qu'est-ce qui lui prend, aurait-elle abusé de chocolat hallucinogène?
Je m'explique.
Quand j'avais quatorze ans, la Fnac, le supermarché et Amazon n'existaient pas. La bibliothèque du collège était assez restreinte. Le libraire de ma ville me faisait grand peur, je ne saurais vous expliquer pourquoi. De toute façon, absolument tous les adultes me faisaient grand peur. Trop sérieux, bien costumés, en apparence trop cultivés (mais la culture ça s'étale comme la confiture, est-il besoin de le rappeler?)...
France Loisirs est arrivé dans ma boite avec ses dix bouquins pour dix francs, ou quelque chose s'en approchant. La tentation était trop belle. J'ai donc sauté sur l'occasion. Enfin le collège et ma mère ne m'imposeraient plus jamais leurs lectures! J'allais devenir... une lectrice autonome!
Grâce à France Loisirs, je n'ai pas chômé. Pensez: à l'époque, si en fin de trimestre vous n'aviez rien commandé, ils vous adressaient leur sélection! Horreur... malheur!
Je suis restée membre de France Loisirs pendant deux ans. J'ai lu pas mal de livres décevants, mais j'ai bien aimé les cinq tomes des semailles et des moissons d'Henri Troyat, Tess d'Urberville de Thomas Hardy, La disgrâce de Nicole Avril, La nuit du Sérail de Michel de Grèce ou encore l'épouvantable et dissuasif Moi Christiane F. 13 ans...
Petite anecdote érotique, laquelle aura probablement contribué à mon éducation sexuelle: j'ai acheté Joy en croyant lire un roman d'amour.
Mais il est un livre qui m'a troublée et dont j'aimerais vous parler. Mon coeur s'appelle Amazonie d'Anne Tiberghien. Pas de prix Goncourt là dessous, ni même de prix Renaudot. Que ce soient les éditions Robert Laffont ou les éditions Tartempion qui l'aient publié à la base, qu'importe.
C'est l'histoire vraie de l'auteure, Anne-Sophie Tiberghien, cinéaste-conférencière de Connaissance du Monde, qui part avec sa fille Samantha dans la capitale de l'Amazonie Vénézuélienne. Déçue par notre civilisation moderne, elle voudrait se sentir vivante, montrer autre chose à sa fille. Après des années de peurs, de patience, de souffrances, de petites joies ou de renoncements, la mère et la fille seront acceptées par la tribu des Yanomamis.
J'ai vraiment cru y être aussi.
Aujourd'hui je voue aux peuples autochtones le plus profond respect. J'ose espérer qu'un jour prochain... nous les laisserons vivre à leur guise et dans une forêt préservée. On peut toujours rêver... *soupir*
07:25 Publié dans Questions sur l'écrivain | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
23.09.2006
L'écrivain est-il sportif?
Je fais mon mea culpa car je vous ai abandonnés. Enfin presque; j'ai continué à lire vos blogs, j'aime lire vos blogs, davantage que lorsqu'il me faut tenir le mien!
J'avoue... en ce moment, je suis fatiguée. Je sais jongler, mais parfois, j'ai les doigts qui ripent. "Tu es une petite nature", disait une dame que j'ai connue. Ce qui m'amène à l'article que j'ai préparé pour vous voilà quelques jours.
Dans une note précédente, je soulevais la question fondamentale suivante: l’écrivain est-il sympathique ?
Aujourd’hui j’en soulève une autre, non moins fondamentale: l’écrivain est-il… sportif ?
Si je me réfère à mon enfance, tout a mal commencé.
Au volley, plutôt que de réceptionner l'OVNI, je me protégeais la tête avec les bras. Au hand-ball, je faisais du surplace pour noyer le « ballon ». Quand les chefs constituaient leurs équipes, ils m’écartaient stratégiquement. C’était au prof qu’incombait la lourde tâche de m’imposer. Les chefs poussaient des « pffff, pas elle » qui m’encourageaient beaucoup.
L’endurance, si elle ne m’a pas convaincue, m’aura permis de comprendre ce que ressent une automobile sur le point d’exploser le moteur.
L’idée d’aller chercher un mannequin sous l’eau pour le réanimer m’aura laissé sous-entendre que si je plongeais, il y aurait pour mon pauvre camarade plongeur deux corps inertes à remonter. Aussi avais-je utilisé mon asthme comme excuse plausible afin d’obtenir une dispense médicale. Pour une fois qu’il me servait à quelque chose… bref.
Et pourtant je n’étais pas grosse. Même encore aujourd’hui. A la fois filiforme et tonique, logiquement taillée pour le sport, Olive en jean qui mangerait des épinards. Soit c’est génétique, soit je fais énormément de course à pieds pendant mon sommeil.
Seules les barres asymétriques et la poutre trouvaient grâce à mes yeux, sans doute à cause des lignes de mes cahiers manuscrits que leur parfait rectilignement évoquait. Quoiqu’il en soit, je prenais plaisir à m’enrouler autour d’elles, à jouer l’équilibriste, complice des barres et de la poutre comme peuvent l’être la plume et le papier ligné. Si je n’étais pas si mauvaise au lancer de javelot, c’est parce que je singeais cette lilliputienne sur le point de propulser un stylo plume géant.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Excepté celui qui écrit ses mémoires de quand il a traversé le Nil à dos de crocodile, l’écrivain, et si l’on écarte ses doigts alertes qui en feraient un bon jongleur, est-il sportif… ou pas?
23:35 Publié dans Questions sur l'écrivain | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
06.09.2006
L'écrivain est-il sympathique?
Voilà quelques années, je suis tombée amoureuse d'un roman. Lorsque j'étais une oeuvre d'art d'Eric Emmanuel Schmitt. Il y a des livres qui nous arrivent dessus comme des météorites, qui nous explosent la tête, le coeur, quelque chose se passe, allez donc savoir quoi. Sans doute que le fait de le savoir annulerait le charme. Ne cherchons pas. Laissons-nous faire.
Il est assez rare que je tombe en pâmoison quand je mords dans le fruit d'un auteur vivant. A supposer déjà que je découvre celle ou celui qui me correspondrait.
N'oublions pas qu'à chaque rentrée, il nous en pleut par centaines. Des livres sont littéralement étouffés par les autres, ceux des glorieux médiatisés. Comme auteurs favoris number one, je citerais plutôt Boris Vian, Raymond Queneau, Romain Gary, Italo calvino, Dino Buzzatti, François Mauriac, Franz Kafka et j'en oublie forcément, tous partis au ciel, enfin partis quoi. Disparus. Tellement dommage.
Je me suis dit: "ma vieille, écris à Eric Emmanuel, c'est aussi un être de chair et de sang, dis-lui ce qui t'a exaltée en lisant son roman."
J'ai passé la soirée à rédiger cette lettre, tournant et retournant mes phrases, jamais contente, il fallait que je lui exprime au mieux mes impressions.
Ensuite j'ai plié mon courrier, je l'ai rangé dans l'enveloppe et là je l'ai posté. Réflexe logique.
A ce jour, je n'ai pas reçu de réponse. Snif. D'accord, les écrivains très connus occasionnent des brouettes de lettres. Mais quand même, un petit mot, une carte, une trace d'humanité... ça m'aurait fait plaisir.
Du coup, j'ai relu Boris Vian.
09:50 Publié dans Questions sur l'écrivain | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note


