31.05.2007
Lire...
Il est fréquent que je déniche des confidences du genre:
Mes parents étaient de grands lecteurs, ce sont eux qui m’ont transmis le goût de la lecture.
Ou encore C’est ma mère qui lisait beaucoup.
Ou bien Mon père avait une bibliothèque immense, je tiens ça de lui.J’ai beau réfléchir, dans ma famille très proche ne se trouvait aucun lecteur.
Ma mère avait lu, elle disait très souvent je lisais, ou quand j’étais jeune j’ai lu, ou tu devrais lire ça, je me souviens l’avoir lu à la lampe de poche, sous les couvertures.
Mais d’aussi loin que je me souvienne, je ne lui ai jamais vu le moindre bouquin entre les mains.
Sauf maintenant.
D’ailleurs ça me surprend de la voir lire, ça me surprend et me réjouit, d’autant qu’elle s’intéresse de près à mes nouvelles, à mes textes longs, mais comme elle n’est pas tellement bonne conseillère, ou tout du moins ne sait-elle pas mettre en mots ses impressions, je ne les lui donne à lire qu’une fois achevés.
Ce qu’elle préfère, c’est du témoignage, du vécu.
Comme j’ai une biblio qui explose, elle a l’embarras du choix. Notez que le vécu n’est pas mon truc et qu’elle a déjà lu le peu de vécu entreposé dans ma biblio.
Lorsque ma mère aura remis la main sur ses lunettes (elle a fouillé partout, même dans la poubelle), il ne restera plus… que la fiction pour satisfaire sa nouvelle faim, soit 97,4 pour cent du contenu de mes rayonnages. Et vous n’êtes pas sans ignorer combien je suis matheuse, n’est-il point ?
Encore que je la gruge assez facilement, hé hé hé. Si j’ai très envie de lui faire découvrir une fiction que j’ai aimée, alors je laisse planer le doute, on dit que c’est une histoire vraie, tu sais ? Aaaaah, une histoire vraie ? Fais voir !
Mon père, c’était un matheux, un tourmenté, un tracassé. Côté lecture, sorti du journal et du magazine Télé 7 Jours (souvenez-vous du fameux concours de dessin auquel il a tant voulu que je participe), il n’y avait plus personne.
Pourtant.
Ma mère m’achetait tous les livres que je demandais, y compris ceux que je ne voulais pas. J’ai été une lectrice gâtée pourrie. Devant les gens, mon père soupirait fièrement Ma fille passe ses journées à lire, impossible de lui faire mettre le nez dehors.
Quand je lui disais Papa, devine ! J’ai encore eu 16 à ma disserte de français, il ameutait tout le monde, et ça me faisait rougir, je voulais qu’il se taise, parce que franchement, moi je savais bien que les gens n’en avaient rien à faire, des notes de sa coincée de gamine, laquelle, soit dit en passant, collectionnais les cartons rouges en maths.
Mais c’était beau, c’était bon, ça me réchauffait en dedans, ça me faisait oublier le caractère absurde de mes nuits, les sifflements, les bonbons aux plantes, les suppositoires à la théophylline, la tripotée de mouchoirs sales, les angoisses de ne pas arriver à fermer l’œil, d’être encore et toujours ce petit zombie filiforme, mal fringué et las, qui longeait les couloirs du collège, du lycée, inexistant, blafard, mal dans sa peau.Un jour, dans le garage de ma mère, j’ai trouvé de vieux livres.
Des cartons de livres un peu guindés, jaunis, exhalant une odeur de temps qui a passé, de rêves évaporés. Certains avaient appartenu à mon père, d’autres à ma mère.
J’ai compris que oui, que mes parents avaient lu, mais qu’à l'époque de leur jeune âge, les bouquins étaient un luxe.
J’ai gardé leurs livres, mais je ne les lirai pas, je ne les lirai jamais, ça me ferait mal.
Je veux qu’ils restent fermés sur leurs traces, celles de cet homme, de cette femme, que j’aurais aimé connaître quand ils avaient 10, 13, 16 ans, quand ils les ont ouverts, lus, aimés, détestés, il y a de ça très, très, très… longtemps.
23:10 Publié dans Si on causait bouquins? | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note




Commentaires
Très beau billet. A l'odeur de livres jaunis à jamais refermés.
Ecrit par : Tant-Bourrin | 01.06.2007
haha : comme ça ton père était tourmenté ? tracassé ? mais était il très tourmenté ? très tracassé ? ou encore plus ? on pourrait lui parler, tu crois, avec ma dr schneider ?
Ecrit par : antenor | 01.06.2007
TeeBee: *merci* ^^
Antenor: Vous pouvez toujours essayer de lui parler, mais avec de sacrées enceintes, alors, parce que là où il est, je ne suis pas certaine qu'il entendra. ^^
Ecrit par : nathalie | 01.06.2007
ce sont des livres avec des images et ecrit en gros?
Ecrit par : Pascal | 01.06.2007
Plein de bisous.
Les livres étaient un luxe ? Pas tant que ça. En tous les cas, bien moins qu'aujourd'hui, puisque je pouvais m'en payer alors que j'avais pas vraiment beaucoup de blé dans ma jeunesse...
mais peut-être que le temps pour les lire, c'est ça qui est un luxe...
Re bisouuuuuuus !
Ecrit par : Freefounette | 01.06.2007
Pascal: Heu... non non, pas tellement, mais si tu veux je te prête une loupe...!
Free: Pour le luxe des livres, je voulais parler de l'époque de nos parents tout jeunots.
En tout cas, les miens n'avaient pas d'argent de poche et tous les deux des parents sans le sou.
C'est d'ailleurs pour cette raison que mon père n'a finalement pas fait les études dont il rêvait: trop cher, trop loin.
BIZ!
Ecrit par : nathalie | 01.06.2007
Ah lalala.. je n'ai jamais aimé les livres que ma mère me recommandait parce qu'ils l'avaient enchantée... mais alors jamais de chez jamais! Ni le Père Goriot, ni la peau de chagrin, ni le général dourakine, ni l'auberge de l'ange gardien...
J'aimais déjà mieux ce que d'autres lui conseillait comme lecture pour enfant : un bon petit diable, mémoires d'un âne, les malheurs de Sophie... m'enfin c'était guère plus réjouissant à mes yeux à part ces trois-là.
Mon souvenir le plus précis, c'est que quand j'ai eu 13 ou 14 ans, elle m'a collé Madame Bovary dans les pattes. J'ai pas dépassé la page 27.
Plus tard, au lycée, j'ai retenté étant donné que le roman était sur la liste des livres à lire pour le bac.
Le prof de français avait réussi à me passionner dans son décorticage de la scène du bal,avec les cuillères en vermeil en forme de coquille, pour manger la glace au marasquin. Mais non. A pas pu. Boum... tombée endormie.. page 27!
Comme je suis têtue comme un troupeau de mules et que mon meilleur pote de l'époque m'avait confié avoir chialé à sa lecture, j'ai encore une fois tenté, la même année, genre pendant le mois de juin au moment des révisions, histoire d'avoir le temps. Pour le coup, essai transformé, j'ai tenu jusqu'à la page 100! Mais le bouquin a valsé dans un coin de ma chambre dès la page 101.
Un vrai running-gag, pour moi, Madame Bovary!
Des livres y en avait chez nous. Pas beaucoup et des romans, encore moins.
Des livres d'art, quelques uns, et des livres plein de photos sur les destinations des voyages rêvés de ma mère.
Et des BD : tout Tintin et tout Astérix, quelques Lucky Luke, quelques livres de contes illustrés que j'ai ramené chez nous avant qu'ils ne subissent le sort de tous mes livres d'enfant : donnés aux neveux pour un vide-grenier.
o_Ô
Il y avait aussi la fameuse collection "Tout l'Univers" qui a fait les délices de la dévoreuse de mots que je suis à chaque fois que je n'avais plus rien à me mettre sous les yeux.
Mon père lisait la Sélection du Reader's Digest, que je lui piquais souvent. Ma rubrique préférée, c'était "Enrichissez votre vocabulaire".
Ma mère lisait des romans de Delly... elle est resté coincée sur Madamde Bovary, en quelque sorte... ou alors des romans historiques. Elle aurait adoré être prof d'histoire-géo.
Toute petite, à peine j'ai su lire, j'ai dévoré tous les Oui-Oui! Ma mère râlait parce qu'un Oui-Oui ne durait pas plus d'une après-midi et j'en réclamais un nouveau.
J'avais toujours un livre à la main. Au petit dèj', dès le repas fini, en me brossant les dents, dans le bain, en marchant pour aller à l'arrêt de bus... il n'y avait que dans la voiture que je ne pouvais pas lire sans avoir des nausées terribles...
Mes parents se fâchaient parce que quoi qu'ils me demandent (passer à table, aller en cours, ranger ma chambre, éteindre ma lampe pour dormir, mettre le couvert, etc...) je leur répondais invariablement "Deux secondes, je finis le paragraphe!"
Bon, spa tout çà, hein, je vais arrêter de squatter les comm'. J'ai un chapitre à finir de toute façon....
;o)
biz
Ecrit par : La Trollette | 01.06.2007
Trollette: A la base, le thème de "La peau de chagrin" est génial, mais alors... heu... qu'est-ce que le bouquin est chiant! Je ne sais plus, je crois que je l'ai terminé quand même, davantage par entêtement et obligation scolaire qu'autre chose, mais j'ai souffert, ça oui... ^^
Par contre, je me souviens avoir aimé Madame Bovary... avoir été touchée par cette petite bourgeoise rêveuse et naïve, qui ne connaît rien de la vie, mais qui sent bien qu'il doit y avoir autre chose, quelque part, au destin néanmoins tout tracé, avec ce tampon "mariée avec un homme respectable", et sa honte, l'arsenic...
Les BD foisonnaient chez nous aussi, mais parce que moi j'en réclamais... quant à la sélection du Réader's Digest, ils s'entassaient près du lit conjugual et c'est bibi qui les lisais! ¨
Pour les nausées en voiture, yep, je connais bien... d'ailleurs il fallait que je regarde la route, parce que ça tanguait sérieux après! ^^
Biz et bon chapitre!
Ecrit par : nathalie | 01.06.2007
Ah voui d'accord.
Fectivement, si c'est à la période de nos parents petits, c'est vrai. Mon père en "gagnait" régulièrement à l'école, pisk'il avait des prix tout le temps, mais à part ça, nib. Et quand tu sais ça, que c'était une boule, mon père, et que tu sais aussi qu'à 14 ans l'a du aller bosser pour ramener du fric à ses parents, c'etait trop de la balle comment on considérait les gosses. C'était après guerre, alors les bouquins, on s'en foutait un peu fo dire...
c'était trop chouette d'être un enfant à l'époque. Et quand on sait qu'à 16 ans t'étais bon pour faire chair à canon (comme c'est encore d'usage dans plein de pays partout, et même plus jeune) en 14/18...
Quand je pense qu'on ose se plaindre...
(eh, je plaisante, là, galèjage, hohé !)
N'empêche qu'on paie encore les couenneries des arrières générations là maintenant. J'ai fait un post pour la semaine prochaine à ce sujet...
Je dévie là. ouaip.
alors charrête.
Les livres, c'est chouette. Ecrire, c'est bien aussi !
mdr !
bisouuuuuus !
Ecrit par : Freefounette | 01.06.2007
Les livres, c'est aussi une histoire d'odeur, je suis bien d'accord!
Ecrit par : Chris | 01.06.2007
Avoir des parents avec une attitude positive envers la lecture, c'est déjà énorme.
Ecrit par : Saoul fifre | 01.06.2007
ah ah! La mienne aussi lisait sous les couvertures et à la lampe de poche. Et comme la tienne, Mutti ne lit plus beaucoup maintenant. (Il est heureux qu'elle ne perde pas ses lunettes, là ce serait le drame!)
Très joli post, Miss ;-) et bon w-e!
Ecrit par : Blacky | 01.06.2007
Free: Ecrire? Ah tiens, c'est quoi, ça? ^^
Chris: et de toucher... toucher un livre, puis le humer... ^^
Saoulf: Tout à fait! Mais ils avaient aussi une attitude positive envers le calcul... hu hu... les boules!
Blacky: Mutti? C'est son petit nom? C'est joli... ^^
Merci, bises et bon WE à toi aussi, douce amie.
Ecrit par : nathalie | 01.06.2007
En 5ème année - qui en Belgique s'appelle la 2ème (ben oui, en Belgique, on compte 1, 2, 3, 4, 5, 6...), bon à l'âge où j'avais 14 ans - on devait lire un livre par mois et en faire une petite étude (résumé 1 page, personnages principaux et caractères, 10 mots de vocabulaire appris, appréciation personnelle). En début d'année, pour aller vite, je lisais les résumés du Reader's Digest. En fin d'année, j'avais chopé le virus de la lecture, je me tapais l'Iliade et l'Odyssée d'Homère pour un seul travail à rendre. J'ai passé mon adolescence dans les bouquins. Souvent j'avais à côté de moi deux gros volumes: le manuel de math et un roman. Plus d'une fois, j'ai balancé le manuel de math à l'autre bout de ma chambre et me suis installé sur mon lit avec le roman. J'achetais presque uniquement des livres de poche. Plus ils étaient gros, mieux c'était. En-dessous de 300 pages, je ne l'ouvrais même pas... Je faisais aussi des razzias à la bibliothèque de mon bahut. Le bibliothécaire - qu'on appelait nounours - ne savait plus trop quoi me conseiller. Vorace comme je l'étais, il était tout naturel qu'un jour je tombe, entre autre, sur les 3 tomes du Seigneur des Anneaux...
C'est la lecture qui m'a amené à l'écriture. Et lorsque je me suis lassé des mots, l'image a pris le relais, mais ça c'est une autre histoire...
Ecrit par : alain | 01.06.2007
Alain: Merci pour ce touchant témoignage. C'est marrant, à l'époque moi aussi j'étais friande de pavés! ^^
Par contre, j'avoue ne jamais avoir lu Le seigneur des anneaux... j'étais très orientée littérature générale. Je crois que je cherchais des réponses à la foule de questions existentielles que je me posais alors.
Je vous dois donc une précision: je suis "La ravisseuse de peaux qui se pose des tas et des tas de questions depuis qu'elle est née, du coup des fois elle boit des bières ça lui allège le mental!" ^^
Moi aussi, c'est la lecture qui m'a amenée à l'écriture... toute jeune, j'écrivais des poèmes d'une immense candeur, impubliables et d'ailleurs, égarés. ^^
Quant au dessin, à l'image, tu as raison, c'est une autre histoire, du coup ça me donne une idée d'article pour celui d'après, car très bientôt, je vous présenterai le recueil de contes de Nathalie Dau qui vaut sacrément le détour.
Moi qui n'y entends trop rien à la fantasy, je me suis laissée prendre. Comme quoi... un jour je le lirai, Le seigneur des anneaux! ^^
Ecrit par : nathalie | 02.06.2007
Comment, Nath? Tu n'y entends trop rien à la fantaisie?(je fais des approximations si je veux ^_^*)
J'ose espérer que tu as écrit çà sous le coup d'une bonne bibine!
WARF!
Le Seigneur des Anneaux c'est de la fantaisie, on ne peut pas le nier. Bon d'accord, y a des elfes, des magiciens et des bestioles pas possibles...
Mais pas seulement.
Il y a plein de descriptions (de paysages, de personnages, des moeurs des personnages), des poèmes aussi et puis ça cause sentiments, émotions... pis y a de l'action...
En tout cas pour moi, je trouve ça plutôt "médiéval", limite symboliste (ce qui revient un peu au même dans un certain sens... mais pas dans l'autre! MOUARF!).
Et j'ai beau chercher... ben je crois bien que c'est le seul livre de fantasy que j'ai lu. (oui bon y en a trois ok ok ok...)
Ecrire... à l'école primaire, je débitais du poème au kilomètre, le matin, avant d'entrer en salle de classe...
Et puis quand les "choses sérieuses" on commencé, avec l'entrée en sixième... écrire est parti rejoindre faire de la musique et dessiner dans la boîte "choses à faire quand tous les devoirs sont faits, tout est rangé-plié-mis en ordre et qu'il reste du temps avant d'aller se coucher"...
Alors bon...
Je suis devenue bonne en maths et en sciences ... et j'ai lu tant que j'ai pu !
(tiens pour le Seigneur, je voyais parfois le jour se lever!)
J'ai mis beaucoup de temps avant de reprendre "sérieusement" la musique, puis la photo... il m'en faudra encore un peu pour reprendre le dessin... pis si il me reste du temps, peut-être que je me mettrais à l'écriture?
Who knows?
;o)
Gros Smouitch à mon Cap'tain préféré!
(J-28! Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !)
Ecrit par : La Trollette | 02.06.2007
Trollette: Ben voilou, si joliment présenté par toi, d'un coup me vient l'envie de lire Le seigneur des anneaux!!! ^^
Et pour l'écriture, yep, who knows??? Avec les trollettes, TOUT, absolument tout est possible!
J-28!!!.................................... ô joie, ô emballement souverain, ô appréhension suscitée par ma timidité naturelle! Je me meurs déjà de tachycardie! ^^
Bizzzzzzzzz
Ecrit par : nathalie | 02.06.2007
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